contexto de Descartes

FUENTE http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/modernit%C3%A9.htm

La modernité philosophique et le projet moderne

par Martin Godon, du cégep du Vieux Montréal

Introduction

Au XVIIe siècle, on assiste à divers bouleversements dans le monde de la pensée. On remet alors en question les autorités du passé ainsi que la tradition. Dans ce contexte, les croyances religieuses et les superstitions prennent une nouvelle dimension. Désormais, elles ne concernent que la vie personnelle. En conséquence, les dogmes de la foi n’ont plus à intervenir dans le cadre du développement de la pensée. Cette révolution est le fruit d’un lent et long processus qui s’amorce dès la fin du Moyen Âge, s’accélérant et se précisant à la Renaissance, et il conduit certains penseurs modernes à s’opposer à ceux qui veulent rester fidèles aux idéaux du passé.

Principales caractéristiques

Chronologiquement, l’époque moderne succède à la Renaissance. Le mot « moderne » vient du latin modernus et signifie : qui est récent. L’attitude intellectuelle qui caractérise la pensée moderne joue encore un rôle dominant dans notre société. Mais la modernité est tout d’abord un phénomène de civilisation caractérisé par une révolution intellectuelle majeure, elle-même stimulée par un développement technologique sans précédent. Les progrès du transport, l’apparition de l’imprimerie et l’urbanisation vont faciliter la circulation des connaissances. Dès lors, la référence à la tradition va prendre un sens nouveau. Ainsi, les penseurs modernes vont jusqu’à s’opposer explicitement aux idées religieuses ou traditionnelles qui dominaient à l’époque précédente.

Ouvert à la nouveauté, on tente alors de construire une représentation du monde à partir de nouveaux fondements, de nouveaux paradigmes (paradigme: modèle). Par exemple, on abandonne la représentation géocentrique du cosmos (Système de Ptolémée) pour une construction héliocentrique de l’univers (N. Copernic). Bref, la terre n’est plus le centre du monde.

Les progrès technologiques qui caractérisent la naissance de la modernité vont également favoriser la transformation de la vie économique, sociale et politique. Graduellement, une économie industrielle va se développer. Cette forme de production et de distribution s’inspire d’une des principales valeurs de la pensée moderne : l’efficacité. Sur le plan proprement philosophique, la notion relativement nouvelle d’individu rationnel et autonome, affirmant de plus en plus sa liberté de conscience (Luther) et d’action face au féodalisme religieux d’abord, politique ensuite, constitue un terreau favorable à la vision industrielle et capitaliste du monde.

La pensée moderne va trouver de nouveaux fondements dans ces valeurs d’efficacité technique et instrumentale et de liberté. Elle va notamment valoriser particulièrement les pouvoirs de notre raison. C’est donc en elle-même que la pensée moderne va trouver les nouveaux fondements métaphysiques qu’elle cherche. Cela signifie qu’on attribue à la subjectivité un rôle fondamental dans le processus de la connaissance. Autrement dit, la vérité ne correspond plus ni à une révélation divine ou mystique, ni à une croyance très ancienne. Dorénavant, on admet comme vérité uniquement ce qui peut faire l’objet d’un examen critique par la raison, par suite d’une démonstration strictement rationnelle. Le concept de modernité philosophique désigne cette nouvelle manière de penser ainsi que la nouvelle hiérarchie de valeur qui en découle. On peut donc dire de cette époque qu’elle est l’ère de la raison triomphante.

Qu’on pense à René Descartes (1596-1650), Thomas Hobbes (1588-1679), John Locke (1632-1704), Baruch Spinoza (1632-1677), Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), David Hume (1711-1776) et bien d’autres encore, les philosophes modernes sont préoccupés à un très haut degré par le sens de leur démarche et par la rigueur et l’exactitude de leur système. Dans ce contexte, les mathématiques puis les sciences de la nature vont souvent monopoliser les énergies. Les modernes croient, parfois aveuglément, au pouvoir libérateur de la science. Voilà pourquoi c’est à cette dernière qu’on va demander de produire une société d’individus libres de toutes contraintes.

La raison

Parce qu’ils ne tiennent plus compte de la révélation, de la foi et de la croyance religieuse comme critère de vérité, les penseurs modernes ne considèrent plus l’univers comme un monde rempli de mystères insondables. Concrètement, la pensée moderne n’accepte que les explications qui sont rationnelles. Cette autonomie de la raison constitue la principale caractéristique de la pensée moderne. Le monde n’est plus une structure sacrée, mais une réalité intelligible dont on peut découvrir les lois par une observation rigoureuse et méthodique. Bref, on croit que l’univers obéit à des lois rationnelles. C’est-à-dire que les lois qui déterminent la nature sont conformes aux lois qui déterminent la pensée. Par ailleurs, les penseurs modernes considèrent que chaque être humain possède la capacité de raisonner. Toute personne, en principe, peut donc comprendre les lois qui gouvernent la nature. Pour cela, il suffit de se donner la peine de réfléchir rationnellement, de bien conduire sa raison pour trouver quelque vérité, comme dit Descartes.

Puisque chaque individu possède la capacité de raisonner convenablement, les penseurs modernes vont croire que tous les humains sont égaux. En conséquence, ils vont inviter chaque humain à se servir de sa pensée afin de se libérer du pouvoir de toute forme d’autorité arbitraire. Par sa raison, l’individu possède donc une dignité qui lui est propre et en vertu de laquelle on ne lui demande plus d’être immolé au profit de puissances qui le dépassent. Pour le penseur moderne, le moi (ou encore l’individu ou la subjectivité) et tout ce qui s’y rattache prend donc une valeur primordiale, presque sacrée.

Cependant, il ne faut pas croire que les intellectuels modernes ont inventé la raison ou la rationalité. Il ne faut pas oublier que depuis leur naissance, la philosophie et les sciences favorisent la pensée rationnelle. Mais, soit la raison était un outil parmi d’autres, soit la raison obéissait, du moins en partie, à d’autres principes que les siens propres. Ce qui est distinctif de la pensée moderne c’est l’invention d’une nouvelle attitude intellectuelle selon laquelle la raison obéit exclusivement à des règles qu’elle s’est données elle-même en toute rigueur dans le but d’établir des liens indubitables entre les causes et les effets observables dans la nature ou entre les idées et les réalités auxquelles elles correspondent. On nomme cette attitude intellectuelle le rationalisme et il va susciter un grand enthousiasme pour toute une catégorie de penseurs. Le rationalisme conduit le penseur à chercher des certitudes qui peuvent être expliquées rationnellement hors de tout doute, tandis que dans les siècles passés, les penseurs cherchaient souvent, tant par l’usage de la raison que par d’autres outils, des vérités révélées de type interprétatif.

Pour le rationalisme cartésien, la nature est uniquement composée de matière et elle fonctionne comme une machine, c’est-à-dire que l’univers est strictement régi par des forces mécaniques qui sont également soumises aux lois de la raison. On peut dire que la raison semble avoir pris possession de tout dans l’univers tel qu’il est conçu par les rationalistes. Ceux-ci découvrent aussi que les lois de la nature peuvent être exprimées en langage mathématique. Autrement dit, on prend conscience que la matière et les forces mécaniques à l’œuvre dans la nature sont mesurables. Ainsi, grâce aux mathématiques on va pouvoir lire le grand livre de la nature.

Le projet moderne

Nicolas Copernic (1473-1543), Johannes Kepler (1571-1630), Isaac Newton (1642-1723), Galilée (1564-1642) et tous les scientifiques modernes cherchent à comprendre l’univers dans un but bien précis. Il s’agit de devenir, selon l’expression de Descartes, maître et possesseur de la nature par l’usage de la raison, cela afin d’améliorer le sort des êtres humains. On peut parler du projet moderne : par le progrès des sciences et des arts, les penseurs modernes souhaitaient libérer l’humain de ses souffrances et de ce qui l’aliène. On influence donc le développement des forces productives en vue d’une domination des phénomènes naturels par la science et la technique. Les philosophes et les scientifiques modernes croyaient que ce développement du savoir et de la technologie devait nécessairement produire une amélioration de nos conditions sociales et politiques. Le projet moderne est donc à la fois philosophique, scientifique et sociopolitique. Ce désir de libération grâce aux bienfaits de la science et de la technologie donne lieu à un renouveau scientifique sans précédent. Trois éléments caractérisent ce renouveau :

a) Un travail d’observation méthodique : afin de comprendre et de dominer la nature, il faut travailler avec rigueur, ce qui signifie l’observation méthodique des phénomènes naturels. S’ajoute à cela la validation des théories et des hypothèses par un travail méticuleux d’expérimentation. L’exactitude des conceptions théoriques doit permettre de dominer tout processus naturel ou social qui asservit l’être humain.

b) L’unité des sciences : par l’usage commun des mathématiques, les scientifiques modernes envisagent les sciences comme un arbre. Ainsi, puisque les sciences partagent le même langage, on en vient à imaginer un ordre hiérarchique des sciences et des connaissances, les mathématiques constituant le tronc auquel se rattachent les branches des diverses sciences.

c) Des progrès et inventions multiples : grâce à l’observation méthodique et un travail rigoureux, on assiste à de nombreuses découvertes théoriques qui vont souvent conduire à diverses inventions pratiques ayant pour but d’améliorer le sort de la condition humaine. Ici s’incarne l’idée maîtresse du projet moderne, celle d’un « Progrès Libérateur ». Dans ce contexte, l’efficacité et la productivité sont des valeurs extrêmement positives. Les penseurs modernes ne concevaient pas le côté déshumanisant que l’on attribue souvent à ces valeurs aujourd’hui.

Il ne faut surtout pas oublier que c’est l’usage rigoureux de la raison qui seul peut rendre possible ce progrès libérateur. On utilise désormais le concept de rationalité instrumentale pour désigner cette attitude de la pensée qui est exclusivement orientée vers le développement technoscientifique.

Conclusion

Finalement, la modernité va transformer la vie politique occidentale. Puisque tous sont aptes à se servir de leur raison, tous doivent avoir le droit de s’exprimer et doivent se partager les rênes du pouvoir. Les modernes vont donc, peu à peu, essayer de remplacer les formes de pouvoir fondées sur la violence et l’arbitraire par la démocratie.

Dans presque toutes les activités scientifiques, artistiques et intellectuelles de cette époque, on va assister à une lutte féroce entre ceux qui défendent les traditions et ceux qui font la promotion des idées nouvelles. Cette opposition a culminé en littérature dans ce que les historiens ont appelé la querelle des Anciens et des Modernes. Du côté des Anciens on compte Nicolas Boileau (1636-1711), Jean de Lafontaine (1621-1695), Jean Racine (1639-1699), Jean de La Bruyère (1645-1696), tandis qu’on peut classer Charles Perrault (1628-1703), Thomas Corneille (1625-1709) et Fontenelle (1657-1757) dans le rang des Modernes.

Sommairement, on peut dire que l’ère moderne s’achève au début du vingtième siècle. Cependant, dès le début du dix-neuvième siècle, des philosophes vont rejeter le projet moderne. Durant le vingtième siècle, les critiques vont devenir de plus en plus radicales. Ceux qu’on nomme parfois les penseurs postmodernes vont chercher à montrer que si la pensée rationnelle a produit le progrès promis, en revanche, ce progrès ne s’est pas avéré libérateur; que la raison ne peut pas être totalement fiable, digne de confiance; que la pensée moderne a rendu notre monde terne et gris, qu’elle est donc responsable du désenchantement du monde.

© CVM, 2003

Published in: on January 18, 2012 at 9:37 pm  Leave a Comment  
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